mardi 17 juillet 2012

Rose


Reine des fleurs. Emblème de toutes les déesses de l’amour et de la beauté, symbole de paix mais aussi de puissance et de mysticisme. La rose est la plus cultivée de toutes les fleurs. Elle est aussi la plus souvent peinte, sculptée, décrite en mille et un vers tristes ou heureux, utilisée pour demander la main de l’être aimé, dire pardon ou je t’aime, faire étalage de sa galanterie ou de sa passion, bref, elle n’est pas anodine. La rose est dramatiquement belle !
Mais celle dont il sera question ici est, comme dirait Maurice Mességué, « la version champêtre de la reine des fleurs », soit l’églantine. C’est la grand-mère sauvage du rosier ornemental. Rosa canina est la variété la plus utilisée pour ses qualités médicinales mais les autres sont à peu près interchangeables, comme Rosa eglanteria, Rosa blanda et rugosa.
En mon sens, l’églantier est une bénédiction. Il est des choses si poétiques, comme un bord de grève peuplé de ses fleurs si douces, qui ne peuvent que faire du bien à l’âme et une âme en paix peux soutenir un corps qui souffre. Cela dit, les vertus médicinales de la rose sauvage sont réelles et mesurables.
De la plante sont utilisées plusieurs parties. Les pétales, les feuilles, les baies, appelées cynorrhodon, composées d’une chair rouge orangé entourant le fruit, un akène contenant la graine et, une néoformation, le bédégar. Ce dernier ressemble à la chevelure hirsute d’un gnome. Il s’agit d’une galle provoquée par les œufs qu’un voisin de l’abeille, le cynips de l’églantier, pond dans la tige de l’arbuste.
Tous ces organes sont riches en composés biochimiques médicinaux, des tannins notamment. Le cynorrhodon contient une impressionnante quantité de vitamine C en plus d’autres vitamines (provitamine A et groupe B surtout) et minéraux, des tannins et des flavonoïdes. La graine contient aussi certains acides gras importants. Elle est cependant entourée de poils irritants qu’il convient de retirer avant usage. Ils ont donné à l’églantier son nom commun de « gratte-cul »… le poil à gratter ne se trouve pas que dans les boutiques de farces et attrapes !


Nombreux sont les peuples de l’hémisphère nord qui ont su bénéficier des qualités de l’églantier. En périodes de disette, lorsque les sources de vitamine C venaient à manquer, la culture de la plante fut mainte fois encouragée. Les peuples nordiques mélangeaient la chair de cynorrhodon à de la viande séchée, de la graisse animale et d’autres fruits secs pour en faire une pitance riche pour hivers rigoureux. Encore aujourd’hui, les baies d’églantiers sont transformées en confiture, en gelée, en sirop ou en soupe. Les boutons floraux et les pétales matures peuvent aussi entrer dans ces préparations. Ces mêmes compositions ne sont cependant pas exclusivement nutritives, elles sont aussi médicinales. Les tannins et flavonoïdes contenus dans la chair des baies sont antioxydants, anti-inflammatoires, astringents. Ce qui fait du cynorrhodon un grand allié des soins de troubles digestifs : diarrhée, coliques, indigestion ; Troubles de la peau : brûlures, irritations ; Problèmes locomoteurs : douleurs arthritiques, rhumatismes ; Affections respiratoires : grippe, écoulement nasal, maux de gorge. On sait que la vitamine C aide à combattre l’infection. Elle est ici couplée aux tannins et flavonoïdes pour soulager les muqueuses irritées et favoriser l’intégrité cellulaire.

Le bédégar est, quant à lui, principalement astringent. Il est donc surtout utilisé pour les troubles digestifs, respiratoires et cutanés. Il est aussi traditionnellement utilisé comme diurétique. Il aider à soulager les calculs urinaires. Les graines d’églantier aussi.
Certaines études ont été conduites, mais peu sont scientifiquement reconnues, faute d’être suffisamment étoffées. Encore une fois, l’empirisme de certains savoirs sait tout de même confondre le septique !


Pour usage médicinal, les sirops peuvent faire l’affaire mais il est préférable de privilégier les préparations concentrées soit les décoctions dans le cas des baies et des graines, l’infusion dans le cas des feuilles, pétales, boutons d’églantines et bédégar. Dans tous les cas, on utilise une ou deux cuillérée à thé de plante par tasse d’eau. Infuser une trentaine de minutes ou mijoter vingt-cinq minutes les parties plus coriaces. Une décoction de cynorrhodon refroidie et délicatement sucrée fait des merveilles par temps chaud ! Une purée de chair de cynorrhodon conservera mieux les vitamines du fruit. Il est alors préférable de ne pas chauffer du tout. Simplement retirer les akènes et tous les poils pouvant subsister, bien écraser ou broyer au robot. Sa durée de vie sera par contre assez limitée. Garder au frigo ou congeler en petites portions. Mélanger à du yaourt ou tout autre aliment de votre choix.

Récolte et séchage maintenant ! Cueillir les feuilles avant la floraison et, lorsqu’ils sont parfaitement prêts, les boutons et les pétales. Le séchage est assez facile à réaliser pour autant que les conditions de base soient respectées ; endroit sec, sombre et bien aéré, quelques jours suffiront. Les cynorrhodons demandent un peu plus de travail. Ils doivent être récoltés en fin d’automne, après les premières gelées. Celles-ci stimuleront la sucrosité du fruit et attendriront la chair. Ils peuvent être séchés tel quel mais devront alors être bien tamisés lorsqu’infusés, faute de quoi les poils entourant les graines risqueraient de causer de l’irritation. Pour éviter cet inconvénient, il suffit d’égrainer les baies, bien nettoyer les graines et de les sécher séparément. Le bédégar peut être récolté à l’automne. Le couper en deux et le vider des nymphes et autres insectes qu’il abrite avant de le sécher.

À la reine des fleurs sauvages …
Santé !

Annie Rouleau
Herboriste-praticienne








Références : 
A systematic review on the Rosa canina effect and efficacy profiles, par Chrubasik C, Roufogalis BD, Müller-Ladner U, Chrubasik S. Source : Department of Forensic Medicine, University of Freiburg, Albertstr. 9, 79104 Freiburg, Germany. 
Mon herbier de santé, par Maurice Mésségué, © Éditions Robert Laffont 1975
Pharmacognosie, par Jean Bruneton, © Édition Tec & Doc 1999 et Éditions Médicales Internationales

mercredi 6 juin 2012

Points de myrrhe


Voici une bien curieuse caractéristique que celle de l’ubiquité! Aux mains de certains hommes, car les femmes semblent moins enclines à posséder ce genre de dons, elle n’est que synonyme de pouvoir. De « Big Brother is watching you! » à la UID, ou Ubiquitus ID, que je ne prétend aucunement comprendre mais qui me parait terrifiante, les quelques réussites humaines à maitriser l’ubiquité ne sont pas très « humanistes ». L’immortalité me parait plus poétique. Survivre aux âges, être de toutes les époques, voilà, ce me semble, un phantasme de science fiction plus attirant que celui d’être partout à la fois!

La pharmacopée médicinale est remplie de plantes ayant traversé le temps. Des plantes que l’humain utilise depuis des milliers d’années et qui, sans aujourd’hui faire partie des codex officiels, sont néanmoins fort efficaces. La myrrhe en est une. Cette gomme oléorésineuse exsude du tronc des arbustes du genre Commiphora. Durant la floraison ou pour parer une blessure, l’arbre sécrète spontanément de petites larmes de myrrhe. La récolte se fait aussi en entaillant le tronc pour provoquer la production. Il fut un temps où la myrrhe valait autant et même davantage que l’or. Ainsi durant plusieurs siècles, les contrées marchandes s’enrichirent allègrement. Originaire du nord-est de l’Afrique et de la péninsule arabique, la myrrhe est utilisée depuis des temps immémoriaux, tant pour ses vertus médicinales que pour des usages rituels. Il est dit que la myrrhe fut l’un des trois cadeaux offerts par les Rois Mages à l’ubiquiste le plus connu; Jésus. Mais son utilisation date de bien avant l’ère chrétienne. Le plus ancien écrit relatant son usage est le papyrus Ebers rédigé possiblement au seizième siècle avant notre ère. Ce document fait partie des plus anciens textes médicaux auxquels nous pouvons nous référer. La myrrhe était utilisée dans l’Égypte ancienne entre autre au cours du processus de momification.

La principale variété de myrrhe médicinale est issue de l’arbuste Commiphora myrrha. Étant très peu soluble dans l’eau, la gomme oléorésineuse est préparée en macération dans un alcool à haut pourcentage, appelée une teinture, ou distillée pour extraire les huiles essentielles. La liste des usages qu’en ont fait les humains depuis autant de milliers d’années est impressionnante. Ceux qui demeurent importants aujourd’hui font appel aux propriétés antiseptique, expectorante-stimulante, astringente, mucolytique et amer de la myrrhe.
Elle sert à traiter les infections et inflammations de la bouche et de la gorge : aphtes et ulcères buccaux, abcès, gingivite, maux de gorge, pharyngite. Elle entre par ailleurs dans la composition de dentifrice et de poudre dentaire. Pour le système respiratoire, elle aide à décoller, liquéfier et éliminer les sécrétions qui obstruent les voies respiratoires. On l’utilise en cas de rhume, de toux grasse, sinusite.
L’effet antiseptique de la myrrhe s’applique aussi à la peau. Les soldats de la Grèce antique en avaient toujours avec eux en temps de guerre et l’utilisaient pour aseptiser les blessures et éviter la gangrène. Il en est de même aujourd’hui. L’application de myrrhe sur les lésions cutanées et les plaies désinfecte et accélère la cicatrisation.
Le système digestif bénéficie aussi des propriétés médicinales de la myrrhe. Ses principes amers favorisent la digestion. Elle est aussi utilisée pour calmer l’aérophagie et éliminer les flatulences et certains parasites intestinaux.
Ce sont, en gros, les principaux usages de la myrrhe. Muqueuses infectées ou mucus compact et obstruant, la myrrhe fait des merveilles. Et puis aussi, elle est jolie et parfume délicieusement l’air domestique lorsque brulée sous forme d’encens.

Notez que son usage par voies internes est déconseillé durant les trois premiers mois de grossesse. Quelques cas d’irritation cutanée son répertoriés. En usage externe, les personnes ayant une peau très sensible peuvent donc envisager de diluer la myrrhe pour pouvoir l’utiliser sans risque, tant en teinture qu’en huile essentielle.

La teinture de myrrhe devrait être prise sur une période de trois semaines maximum pour les traitements internes des voies respiratoires et digestives. Pour les problèmes de bouche et de gorge, elle peut être utilisée directement sur le bobo, ou diluée dans de l’eau et utilisée en rince-bouche ou en gargarisme. Pour la peau, encore une fois la teinture peut être mise pure sur l’affection ou diluée et appliquée en liniment. L’huile essentielle peut elle aussi être ointe directement sur les lésions, même dans la bouche. On peut également en frictionner quelques gouttes sur la gorge ou l’abdomen pour calmer l’inflammation.

Voilà! Myrrhe mythique apprivoisée pour soigner nos blessures. Continuons à en faire bon usage pour des siècles et des siècles!

Annie Rouleau
Herboriste praticienne
annieaire@gmail.com

Références
Medical Herbalism, par David Hoffmann, éditions Healing Arts Press © 2003
Materia Medica, école Flora Medicina, © 2000
The Energetics of Western Herbs,par Peter Holmes, éditions Snow Lotus Press © 1998

vendredi 16 mars 2012

Agripaume cardiaque


Utiliser les plantes médicinales pour aider sa santé demande souvent beaucoup de patience. Particulièrement pour des troubles graves ou chroniques, plusieurs semaines sont en général nécessaires avant de constater les réels bienfaits des plantes. Rétablir l’équilibre physique ne se fait pas en un clin d ‘œil! Paradoxalement, certaines plantes agissent extrêmement rapidement. Soigner un gros rhume en moins de deux jours est tout à fait envisageable. Calmer une crise d’angoisse instantanément est aussi possible grâce à certaine plantes. L’une d’elles agit particulièrement vite et bien. L’agripaume. Leonorus cardiaca de son nom latin, Motherwort en anglais.

L’agripaume est une plante de rythme, de régularité des rythmes. Sa physionomie illustre bien son action médicinale; tout au long de ses longues tiges raides se posent les feuilles, à intervalles réguliers, aux aisselles desquelles sont lovés les épis de fleurs. Cette régularité physique, l’agripaume la transmet au corps humain.
Pour le système nerveux, la plante calme et apaise. Elle peut être utilisée dans à peu près n’importe quelle situation troublante et éprouvante. C’est une plante à donner aux quinze minutes à toute personne en état de choc, en crise de panique ou d’angoisse. L’agripaume permettra de revenir à la réalité. Elle est aussi utilisée comme tonique nerveux pour les déprimés, les endeuillés, les incertains.

Son impact sur les rythmes du corps sert aussi le cœur et son système. On l’utilise en cas de palpitations et de tachycardie, surtout lorsque celles-ci sont accompagnées d’angoisse. Elle aidera le cœur à se contracter efficacement, de manière régulière et uniforme. L’agripaume entre de façon tout à fait légitime dans des mélanges servant à soutenir les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque ou ayant subit un infarctus.
Dans le même ordre d’idée, on utilise l’agripaume en cas d’hyperthyroïdie. Elle ne traitera pas la pathologie mais soulagera les envolées cardiaques que provoque la maladie.

Les autres indications de cette merveilleuse plante concernent le système reproducteur féminin. L’utérus étant, comme le cœur, un muscle lisse contractile, l’impact régularisant de l’agripaume est bénéfique tout au long du cycle de fertilité des femmes. L’agripaume sert celles aux prises avec des menstruations douloureuses, un SPM trop intense ou une irrégularité du cycle. La plante est aussi excellente en fin de grossesse, puis durant et après l’accouchement, tonifiant l’utérus et l’aidant à se contracter doucement, mais efficacement et à reprendre sa forme après les tranchées.

Originaire d’Eurasie, l’agripaume fut naturalisée à l’ouest au douzième siècle. Elle est maintenant commune en Europe et en Amérique du nord. Elle pousse en colonies, souvent près des vieilles granges et écuries. Comme la plupart des plantes de la famille des menthes, à qui elle appartient, l’agripaume peut facilement devenir envahissante.

L’histoire de l’utilisation de l’agripaume pour ses vertus médicinales remonte à la Grèce antique. Comme beaucoup d’autres plantes médicinales utilisées jadis, son statut thérapeutique a été menacé il y a une quelques centaines d’années par les tournants qu’a pris la médecine. L’engouement pour les substances médicinales plus agressives et la mise en désuétude des formes de médecine traditionnelle, celle des sages-femmes surtout, ont bien faillit avoir raison de l’usage cette plante. Aujourd’hui, l’agripaume est à nouveau reconnue, respectée, étudiée et utilisée. Merci aux porteurs de traditions d’avoir su préserver les connaissances ancestrales, de même qu’aux chercheurs russes et chinois d’en avoir vérifier plusieurs!

Pour la posologie, en cas de crise de panique ou autre, prendre de 7 à 15 gouttes de teinture sous la langue et répéter aux quinze minutes jusqu’à apaisement significatif. Durant l’accouchement, prendre de 15 à 25 gouttes, toujours de teinture, chaque demi-heure jusqu’à la fin du travail, puis 30 gouttes chaque heure jusqu’à ce que la matrice ait repris une forme à peu près normale. Le médecin ou la sage-femme est en mesure de déterminer cela. Il est possible de remplacer la teinture par une infusion. On infusera alors une cuillérée à thé de plante sèche par tasse d’eau. Une tasse de tisane équivaut à environ 10 ou 15 gouttes de teinture. La quantité de liquide alors ingérée sera peut-être une raison qui portera l’usager à opter pour la teinture!
Pour qui souhaite utiliser l’agripaume pour ses actions plus tonique, sur une longue période de temps, de 30 à 60 gouttes matin et soir sont alors suggérés.
Une seule mise en garde : Comme l’agripaume stimule les contractions utérines, il est déconseillé de la prendre durant les six premiers mois de grossesse. Autrement, elle est sans danger.

Santé!   

mardi 7 février 2012

Perspective

« La maladie peut servir de plateforme sur laquelle l’être peut monter et s’offrir une perspective nouvelle pour déterminer et visualiser ce qu’il désire pour la suite »
James Green, A perspective on medecine (traduction libre)


Qu’est-ce que la maladie?
Un dérèglement.
Mais, de quoi?

De fonctions cellulaires? Vu au microscope, certainement. Mais à l’œil nu, ou comme dirait un certain chanteur; « avec les yeux du cœur », la maladie est un dérèglement d’un tout autre ordre. Les théories psychosomatiques sont assez nombreuses et diversifiées. Du Dr. Hamer à Michel Oboul, en passant par Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, Le sens des maux et de nombreux autres ouvrages, le commun des mortels est à même de faire un chemin de lectures permettant parfois de vraiment identifier la source d’un malaise. Mais si ces théories sont vraies, comment se fait-il que l’on meurt quand même de maladies? Pourquoi, sachant mon rhume directement lié à une situation vécue au boulot, est-ce que je tousse encore après deux semaines de calvaire?
L’herboriste états-unien James Green, dans un texte fort inspiré et inspirant, apporte des pistes de réflexion dignes d’intérêt : l’humain est un tout, et il demeure entier peu importe l’expérience vécue. Chaque personne est un flot d’énergie, comme un ruisseau, et celle-ci circule librement. Lorsque les pensées, désirs et actions sont en harmonie, tout va bien et vogue le navire. Par contre, lorsqu’une résistance s’implante, pour x ou y raisons, le flot est troublé et alors peuvent s’installer malaises et maladies. Mais l’intégrité demeure! La possibilité de bien-être n’est aucunement altérée par la résistance. « L’être humain n’est ni fragilisé, ni fragmenté par ses expériences de vie. Il n’est jamais moins que parfaitement entier, peu importe l’importance de son expérience de malaise. Au fil du voyage d’être dans l’infinie variété d’expériences qu’est sa vie, sa vraie nature circule, à jamais indivisible. La liberté, la joie, la santé, la vitalité, l’enthousiasme, la prospérité, la créativité et l’évolution sont les composantes fondamentales de chaque individu. Ces composantes, même lorsque résistance il y a, ne sont pas éliminées par une ponctuelle expérience du manque de l’une d’entres elles. » James Green, A perspective on medecine (traduction libre)

Identifier la source du blocage permet de se situer dans le ruisseau au présent. Si le cours d’eau est obstrué par un gros rocher, il est inutile d’essayer de le déplacer. Par contre, il est possible de grimper dessus pour voir par où va le cours d’eau et ce qui pourrait aider son débit et sa fluidité.
Lorsqu’une personne arrive à constater l’existence d’une expérience causant un malaise, elle peut, en toute humilité et honnêteté, déterminer si celle-ci la sert toujours et sinon, choisir dès lors, ce qu’elle souhaite expérimenter. Ici, les pensées, désirs et projets trouvent toute leur importance. L’élément créatif est primordial : créer le cadre souhaité, l’expérience de bien-être retrouvé. Se voir bien, se savoir bien. Écouter ce que sa nature profonde dit et choisir.
Facile à dire! Oui. Mais pourquoi pas?
Revenons sur le fait que l’être est un tout que les expériences n’altèrent pas, peu importe leur nature. C’est l’âme, l’être profond, ce machin étrange que l’on sait être, mais qui est si difficile à expliquer à un gamin qui demande : maman, qu'est-ce qui arrive après la mort?
Mais qu’est ce qu’on en fait durant la vie? Le plus simplement possible : on l’utilise, on l’écoute, on le chérit! Négliger le guide risque fort de mener la balade vers l’égarement.
Et comment on fait? L’honnêteté, la compassion, l’acceptation.
C’est simple, j’en conviens, mais avouons tout de même l’ingéniosité intrinsèque qui se cache là-dessous! Et puis, comme je dis souvent, je ne suis pas philosophe, je suis une sorcière de village...

Annie Rouleau
Herboriste praticienne


Références:

The herbal medecine-maker’s handbook, par James Green, The Crossing Press, © 2000
Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, par Jacques Martel, Les éditions ATMA internationales, © 1998
Décodage biologique des maladies, par Christian Flèche, éditions Le souffle d’or, © 2001
Excuse me your life is waiting, par Lynn Grabhorn, Hampton Roads Publishing Company inc. © 2000
Le sens des maux, par Bernard Tihon, Néosanté, © 2011

samedi 15 octobre 2011

Trametes versicolor et perfectibilité


Il y a de nombreuses années, lors d’une de mes premières balades didactiques en forêt, notre professeure nous montra un joli champignon couvrant des souches tombées. Elle nous dit que ce polypore n’était alors pas très connu, mais que nous pouvions nous permettre d’extrapoler les connaissances actuelles en matière de champignons médicinaux et présumer que celui-ci pourrait avoir de merveilleuses propriétés. Or il s’avère que d’autres ont suivi le même sentier de conjecture que ma prof et que ledit champignon est largement utilisé, surtout en Médecine Traditionnelle Chinoise et au Japon. Il fait l’objet d’études cliniques, brèves mais nombreuses, pour ses qualités comme traitement adjuvant à des protocoles anti-cancer… Je parle du Trametes versicolor, aussi connu sous le nom de Coriolus versicolor. Depuis au moins vingt-cinq ans, l’extrait de polysaccharides qu’il contient est commercialisé, prescrit et utilisé, particulièrement par les oncologues japonais, dans le traitement de cancers colorectal, de l’estomac, du sein, etc. Les produits se nomment PSK (Krestin), et PSP, pour polysaccharide peptide.
Le fait qu’il soit si peu connu en Amérique du nord relève davantage de pathologies de nos systèmes de santé publique que de la véracité des usages que l’on peut faire du Trametes versicolor. Mais l’humain est perfectible, alors explorons!

 
Les champignons médicinaux, comme le Trametes, contiennent des composés phytochimiques qui, dans l’organisme, stimulent les fonctions immunitaires et inhibent la croissance tumorale. Il s’agit de grosses molécules osidiques, des polysaccharides, ou sucres complexes. Ces molécules se retrouvent aussi dans certaines plantes, comme l’échinacée. Elles ont la particularité de ressembler à des molécules présentes sur la membrane cellulaire de certaines bactéries. Voyant arriver ces « éléments », le corps répond comme s’il était sous attaque bactérienne, démarrant une foule de réactions visant à mater l’envahisseur. Plusieurs cellules immunitaires sont ainsi activées, comme les macrophages, les cellules tueuses naturelles (NK) et autres anticorps.D’autres molécules, aussi présentes dans les champignons médicinaux mais plus petites et moins « étudiées », remplissent d’autres fonctions. Dans le cas du Trametes, il est principalement indiqué pour le traitement d’infections, bactériennes et virales, allant jusqu’au VIH. Il est aussi utilisé, entre autre grâce à ces propriétés antioxydantes, pour diminuer les taux de cholestérol et pour améliorer les fonctions hépatiques (hépatites, etc.). Récemment, il s’est aussi avéré efficace pour traiter la malaria.
Pour l’heure, les études cliniques officielles ne se sont pas tellement concentrées sur ces dernières fonctions, se penchant davantage sur les propriétés antitumorales et de modulation immunitaire. N’en demeure pas moins que le champignon est utilisé et que les résultats cliniques alternatifs existent.
Autre point intéressant, le Trametes versicolor est de plus en plus reconnu pour ses capacités à décontaminer des eaux usées et des pollutions environnementales graves comme celles produites par l’anthracène, les dioxines et les pesticides organophosphorés.

D’un point de vue médicinal, il n’est pas nécessaire d’avoir un cancer pour bénéficier des qualités du Trametes versicolor. Les champignons médicinaux sont excellents pour tonifier le système immunitaire, qu’il soit à peine affaibli par quelques rhumes consécutifs, ou visiblement atteint par des troubles plus chroniques et pernicieux.
Le seul hic, c’est l’approvisionnement en produits de qualité. Le Krestin PSK n’est pas disponible en Amérique du nord, le PSP non plus. Certaines compagnies états-uniennes offrent des capsules de Trametes mais les trouver en magasin relève de l’exploit. Internet demeure une bonne ressource, cependant une recherche approfondie s’impose sur la qualité et la provenance des champignons utilisés. Comme il absorbe les contaminants, il peut lui même être intoxiqué.

Les principaux composants du trametes étant solubles dans l’eau, il y a donc une alternative « maison » aux produits introuvables! Il s’agit de préparer un concentré liquide, que nous appellerons un sirop. La première étape sera de récolter. Trouvez une belle population de Trametes, jeunes et vigoureux, en zone sauvage visiblement saine (i.e. pas dans un dépotoir…). Ne récoltez pas plus de vingt-cinq pourcent des individus. Coupez les champignons près de la base à l’aide d’un couteau coupant. Nettoyez-les délicatement. Une quantité raisonnable, pour un usage personnel, serait de cent cinquante grammes pour un traitement d’environ un mois. Poser les champignons dans une grande casserole et ajouter six litres d’eau. Porter à ébullition, puis baisser le feu et mijoter au moins deux heures. Filtrer et laisser réduire à feu doux jusqu’à ce qu’il ne reste que six cent millilitres de liquide concentré. Ajouter cent cinquante millilitres de mélasse naturelle, bien mélanger. Prendre vingt-cinq millilitres par jour, pour 30 jours. Garder au frigo, la mélasse conserve mais pas à température pièce.
Pour des troubles important, les champignons médicinaux sont en général combinés entre eux et avec d’autres plantes. Il est alors important de choisir le mélange en fonction des besoins spécifiques personnels. Une consultation en herboristerie clinique ou en naturopathie est alors recommandée. Autrement, aucune contre-indication n’est répertoriée, que du beau et du bon!

Annie Rouleau
Herboriste praticienne
annieaire@gmail.com

Références

Medicinal Mushrooms, An exploration of Tradition, Healing & Culture, par Christopher Hobbs, L.Ac. ©1986, Botanica Press

samedi 14 mai 2011

Éloge de la grande Boréale

Dans notre pays, il existe des forêts magnifiques. Des lieux grandioses de beauté et de majesté. Des forêts non pas vierges parce que fréquemment pénétrées, mais inviolées de par la puissance de leur nature. Des forêts capables de danser avec les hommes qui les foulent et de s’ouvrir aux femmes qui les honorent.
Ces forêts sont précieuses, indispensables même. Bien sur elles contribuent à la production d’oxygène, au stockage de gaz carboniques, au nettoyage de l’air. Elles sont une source constante de nutriments pour le plancton marin qui lui, produit le plus gros de l’oxygène planétaire. J’en passe, la liste des fonctions vitales de la forêt est longue.
Mais les forêts ont en outre, je dirais même surtout, une fonction d’aménité. Le contact avec la nature et la beauté sauvage est aussi vital que respirer, boire et manger. La notion d’aménité est de plus en plus considérée par les gens soucieux d’environnement et de développement durable. Et l’aspect esthétique de la nature n’est pas le seul point estimé; son rôle émotif et spirituel fait aussi partie de la conscience de nombre d’humains. Pas tous, malheureusement. Il existe encore tellement d’hommes, et de femmes, qui voient la nature comme une chose à contrôler, à dominer. Erreur! Grossière erreur. Danger même. À voir l’état dramatique dans lequel se trouvent, et la planète, et la race humaine, l’éloge de la beauté ne peut qu’avoir une résonnance salvatrice. Raymond Lévesque avait raison, quand les « Hommes » vivront d’amour, il n’y aura plus de misère. Mais moi, j’aimerais ne pas être morte, mon frère!
Est-ce possible? Est-il envisageable que Stephen Harper soit un jour touché par l’époustouflante splendeur d’un paysage sauvage? Franchement, est-ce possible?
L’éducation demeure probablement la meilleure voie. Sériner combien il est important de respecter la nature, comment la connaître et l’utiliser intelligemment, comment s’en imbiber et s’en inspirer. Apprendre à marcher comme les renards quand on sort des sentiers. Savoir que les lichens ne croissent que de quelques millimètres par an, ou que le trille ne produit sa première fleur qu’après environ huit années.
Éduquer donc, mais aussi accepter et respecter les différences de points de vue. Imaginez la scène : un petit groupe de marcheurs contemplatifs, sortant d’une promenade dominicale dans une forêt magique, rencontre au tournant un convoi en moto cross, plus bruyantes et provocatrices les unes que les autres. Les groupes se mattent, se jaugent, curieux mais en garde, prêts à l’assaut ou à la fuite. Au sentiment d’agression d’abord ressenti chez les bucoliques succède une appréciation du plaisir évident que les cowboys éprouvent au volant de leurs machines. Et vice-versa. Un salut respectueux clôturera la brève réunion de deux groupes, opposés en apparence. On aurait tout aussi bien pu imaginer une confrontation, elles sont fréquentes dans ce genre d’amalgame et le résultat est alors pour le moins non constructif. Auraient-ils pu prolonger la rencontre? Dresser dardar un feu de camps et échanger, bière à la main, sur leur amour respectif de la forêt? Peu probable mais possible, pourvu que chacun des êtres présents reste humain et écoute autant qu’il parle.
Les forêts sont précieuses et indispensables. Elles sont une source à laquelle peut s’abreuver la profondeur de l’être. Elle sont des lumières pouvant éclairer les caves, vaseuses, où sont tapis tant d’humains. Profitons-en sagement.


© Annie Rouleau, 2011

mardi 12 avril 2011

Éloge de la beauté, la Reine des prés

L’être humain est un petit animal complexe et la liste de ses besoins fondamentaux est fascinante. Reconnaître et combler ces derniers relève d’un art de vivre parfois difficile à maitriser. Savoir par exemple qu’une grande tristesse et un abattement peuvent dépendre d’un besoin de sens non comblé, ou que la crise de nerfs du parent qui réprimande l’enfant qui part pour l’école en t-shirt sous la pluie parle en fait d’un besoin de sécurité! Certains théoriciens hiérarchisent ces besoins. La réalité, elle, prouve qu’Einstein avait raison; tout est relatif. Combien d’œuvres grandioses ont été réalisées par des personnes vivant dans des conditions de survie on ne peut plus précaires!

La beauté fait partie des besoins fondamentaux. L’émoi qu’elle procure nourri l’âme et le cœur. La nature est probablement le plus riche havre de beauté qui soit. Le moindre regard sensible offre une source de contentement du besoin de beauté. Pas surprenant qu’il fasse partie de ceux dits « spirituels ».
Près des rivières et des ruisseaux pousse une plante, emblème de finesse et d’élégance. Elle se nomme Reine des près et porte délicatement son nom. Une reine toute simple, au parfum d’amande, de la blancheur de la lumière et aux vertus médicinales salutaires.

La reine des prés est de la famille des rosacées et comme les autres membres de cette dynastie, elle est astringente. Ses feuilles surtout. Celles-ci peuvent être appliquées directement sur une blessure, légèrement broyées ou mâchées, ou infusées et appliqué en compresse. La plante peut aussi entrer dans un mélange visant à soulager les troubles de la bouche et des gencives : ulcères, saignements, etc. Mais feuilles et fleurs combinées forment le réel remède.


La reine des prés est astringente, oui, mais elle est aussi anti-inflammatoire et antalgique, donc diminue la douleur. Comme le saule, elle contient des composés salicylés et c’est de son ancien nom latin, Spirea ulmaria, que le mot Aspirine est dérivé. Comme cette dernière, la reine des près fluidifie le sang, élément à considérer pour ceux qui utilisent des produits ayant également cette fonction.
La plante est indiquée dans nombre d’affections inflammatoires des articulations, comme l’arthrite et les rhumatismes. Elle agit sur la réaction inflammatoire en soi et favorise l’élimination de l’acide urique. Ces actions la rendent aussi utile en cas d’infections et d’inflammations des reins, en combinaison avec d’autres plantes antiseptiques et émollientes.
Son autre domaine de prédilection est le système digestif. La reine des près est LA plante pour soulager les reflux gastriques et les brûlements d’estomac. Elle neutralise l’excès d’acidité, favorisant ainsi la guérison des ulcères, gastriques et duodénaux. Par son astringence, elle est par ailleurs intéressante pour les troubles intestinaux, encore à caractère inflammatoire. Et puis, tout en douceur, elle peut entrer dans une préparation soulageant la diarrhée. Toute douce, parfaite pour les tout petits, les très âgés, les affaiblis.

Cette plante sacré des druides anciens est depuis fort longtemps utilisée pour parfumer les desserts. Une recette? Préparez une infusion corsée de fleurs de reine des près, ajoutez un peu de miel et un peu d’eau et faites-en un granité! En vue d’une utilisation culinaire, il est préférable de bien sécher la plante et de ne la consommer que l’année suivante. Le temps permet le développement des arômes. Pour un usage médicinal, cette consigne ne s’applique pas.

La reine des près pousse surtout dans les lieux humides, au bord des ruisseaux, dans les fossés. Ses fleurs, toutes délicates, composent de vaporeux pompons blancs qui semblent suspendus dans le vide, comme les nuages. La grâce et l’élégance incarnée!

Le bémol de la reine des près est, tel que mentionné précédemment, qu’elle fluidifie le sang et pourrait causer du tord aux personnes ayant des troubles de coagulation, ou qui sont médicamentées à cet effet. Aussi, comme elle contient des salicylates, elle ne convient pas à ceux qui réagissent à ces composés. Renseignez-vous!
Autrement, mais sans toutefois excéder quatre tasses par jour, infuser une cuillérée à thé dans une tasse d’eau bouillante et boire au besoin.

Santé!

Annie Rouleau
Herboriste praticienne