samedi 14 mai 2011

Éloge de la grande Boréale

Dans notre pays, il existe des forêts magnifiques. Des lieux grandioses de beauté et de majesté. Des forêts non pas vierges parce que fréquemment pénétrées, mais inviolées de par la puissance de leur nature. Des forêts capables de danser avec les hommes qui les foulent et de s’ouvrir aux femmes qui les honorent.
Ces forêts sont précieuses, indispensables même. Bien sur elles contribuent à la production d’oxygène, au stockage de gaz carboniques, au nettoyage de l’air. Elles sont une source constante de nutriments pour le plancton marin qui lui, produit le plus gros de l’oxygène planétaire. J’en passe, la liste des fonctions vitales de la forêt est longue.
Mais les forêts ont en outre, je dirais même surtout, une fonction d’aménité. Le contact avec la nature et la beauté sauvage est aussi vital que respirer, boire et manger. La notion d’aménité est de plus en plus considérée par les gens soucieux d’environnement et de développement durable. Et l’aspect esthétique de la nature n’est pas le seul point estimé; son rôle émotif et spirituel fait aussi partie de la conscience de nombre d’humains. Pas tous, malheureusement. Il existe encore tellement d’hommes, et de femmes, qui voient la nature comme une chose à contrôler, à dominer. Erreur! Grossière erreur. Danger même. À voir l’état dramatique dans lequel se trouvent, et la planète, et la race humaine, l’éloge de la beauté ne peut qu’avoir une résonnance salvatrice. Raymond Lévesque avait raison, quand les « Hommes » vivront d’amour, il n’y aura plus de misère. Mais moi, j’aimerais ne pas être morte, mon frère!
Est-ce possible? Est-il envisageable que Stephen Harper soit un jour touché par l’époustouflante splendeur d’un paysage sauvage? Franchement, est-ce possible?
L’éducation demeure probablement la meilleure voie. Sériner combien il est important de respecter la nature, comment la connaître et l’utiliser intelligemment, comment s’en imbiber et s’en inspirer. Apprendre à marcher comme les renards quand on sort des sentiers. Savoir que les lichens ne croissent que de quelques millimètres par an, ou que le trille ne produit sa première fleur qu’après environ huit années.
Éduquer donc, mais aussi accepter et respecter les différences de points de vue. Imaginez la scène : un petit groupe de marcheurs contemplatifs, sortant d’une promenade dominicale dans une forêt magique, rencontre au tournant un convoi en moto cross, plus bruyantes et provocatrices les unes que les autres. Les groupes se mattent, se jaugent, curieux mais en garde, prêts à l’assaut ou à la fuite. Au sentiment d’agression d’abord ressenti chez les bucoliques succède une appréciation du plaisir évident que les cowboys éprouvent au volant de leurs machines. Et vice-versa. Un salut respectueux clôturera la brève réunion de deux groupes, opposés en apparence. On aurait tout aussi bien pu imaginer une confrontation, elles sont fréquentes dans ce genre d’amalgame et le résultat est alors pour le moins non constructif. Auraient-ils pu prolonger la rencontre? Dresser dardar un feu de camps et échanger, bière à la main, sur leur amour respectif de la forêt? Peu probable mais possible, pourvu que chacun des êtres présents reste humain et écoute autant qu’il parle.
Les forêts sont précieuses et indispensables. Elles sont une source à laquelle peut s’abreuver la profondeur de l’être. Elle sont des lumières pouvant éclairer les caves, vaseuses, où sont tapis tant d’humains. Profitons-en sagement.


© Annie Rouleau, 2011

mardi 12 avril 2011

Éloge de la beauté, la Reine des prés

L’être humain est un petit animal complexe et la liste de ses besoins fondamentaux est fascinante. Reconnaître et combler ces derniers relève d’un art de vivre parfois difficile à maitriser. Savoir par exemple qu’une grande tristesse et un abattement peuvent dépendre d’un besoin de sens non comblé, ou que la crise de nerfs du parent qui réprimande l’enfant qui part pour l’école en t-shirt sous la pluie parle en fait d’un besoin de sécurité! Certains théoriciens hiérarchisent ces besoins. La réalité, elle, prouve qu’Einstein avait raison; tout est relatif. Combien d’œuvres grandioses ont été réalisées par des personnes vivant dans des conditions de survie on ne peut plus précaires!

La beauté fait partie des besoins fondamentaux. L’émoi qu’elle procure nourri l’âme et le cœur. La nature est probablement le plus riche havre de beauté qui soit. Le moindre regard sensible offre une source de contentement du besoin de beauté. Pas surprenant qu’il fasse partie de ceux dits « spirituels ».
Près des rivières et des ruisseaux pousse une plante, emblème de finesse et d’élégance. Elle se nomme Reine des près et porte délicatement son nom. Une reine toute simple, au parfum d’amande, de la blancheur de la lumière et aux vertus médicinales salutaires.

La reine des prés est de la famille des rosacées et comme les autres membres de cette dynastie, elle est astringente. Ses feuilles surtout. Celles-ci peuvent être appliquées directement sur une blessure, légèrement broyées ou mâchées, ou infusées et appliqué en compresse. La plante peut aussi entrer dans un mélange visant à soulager les troubles de la bouche et des gencives : ulcères, saignements, etc. Mais feuilles et fleurs combinées forment le réel remède.


La reine des prés est astringente, oui, mais elle est aussi anti-inflammatoire et antalgique, donc diminue la douleur. Comme le saule, elle contient des composés salicylés et c’est de son ancien nom latin, Spirea ulmaria, que le mot Aspirine est dérivé. Comme cette dernière, la reine des près fluidifie le sang, élément à considérer pour ceux qui utilisent des produits ayant également cette fonction.
La plante est indiquée dans nombre d’affections inflammatoires des articulations, comme l’arthrite et les rhumatismes. Elle agit sur la réaction inflammatoire en soi et favorise l’élimination de l’acide urique. Ces actions la rendent aussi utile en cas d’infections et d’inflammations des reins, en combinaison avec d’autres plantes antiseptiques et émollientes.
Son autre domaine de prédilection est le système digestif. La reine des près est LA plante pour soulager les reflux gastriques et les brûlements d’estomac. Elle neutralise l’excès d’acidité, favorisant ainsi la guérison des ulcères, gastriques et duodénaux. Par son astringence, elle est par ailleurs intéressante pour les troubles intestinaux, encore à caractère inflammatoire. Et puis, tout en douceur, elle peut entrer dans une préparation soulageant la diarrhée. Toute douce, parfaite pour les tout petits, les très âgés, les affaiblis.

Cette plante sacré des druides anciens est depuis fort longtemps utilisée pour parfumer les desserts. Une recette? Préparez une infusion corsée de fleurs de reine des près, ajoutez un peu de miel et un peu d’eau et faites-en un granité! En vue d’une utilisation culinaire, il est préférable de bien sécher la plante et de ne la consommer que l’année suivante. Le temps permet le développement des arômes. Pour un usage médicinal, cette consigne ne s’applique pas.

La reine des près pousse surtout dans les lieux humides, au bord des ruisseaux, dans les fossés. Ses fleurs, toutes délicates, composent de vaporeux pompons blancs qui semblent suspendus dans le vide, comme les nuages. La grâce et l’élégance incarnée!

Le bémol de la reine des près est, tel que mentionné précédemment, qu’elle fluidifie le sang et pourrait causer du tord aux personnes ayant des troubles de coagulation, ou qui sont médicamentées à cet effet. Aussi, comme elle contient des salicylates, elle ne convient pas à ceux qui réagissent à ces composés. Renseignez-vous!
Autrement, mais sans toutefois excéder quatre tasses par jour, infuser une cuillérée à thé dans une tasse d’eau bouillante et boire au besoin.

Santé!

Annie Rouleau
Herboriste praticienne

mercredi 16 mars 2011

Aubépine

Le printemps est presque là. La nuit fait place à la lumière. Les grains sont choisis. Le temps des semences approche. Incessamment, les premières fleurs perceront les vestiges de l’hiver. Les bourgeons écloront.
La vie se perpétue, se reproduit.
Hymne à la fécondité.

Un petit arbre fleurira bientôt. Ses feuilles, ses fleurs et ses fruits servent à soulager les cœurs malades, les cœurs trop tristes, les cœurs brisés. C’est l’aubépine. Petit arbre sacré, chéri des Païens anciens, repris depuis comme symbole de Marie, mère du Christ couronné de ses épines acérées.

Par les herboristes, l’aubépine, Crataegus oxyacantha et autres variétés sauvages, est considérée comme un pur tonique cardiaque. Les composés biochimiques les plus actifs de la plante interfèrent avec certaines enzymes, de même qu’avec quelques sites récepteurs cellulaires jouant un rôle important dans l’activité cardiaque.
L’aubépine est utilisée en prévention et en traitement d’insuffisance cardiaque congestive classes I et II, d’hypertension, d’angine, d’arythmie, d’inflammation cardiaque ou des vaisseaux sanguins, de mauvaise circulation dans les membres et dans l’artère coronaire, de dégénérescence cardiaque, d’athéro et d’artériosclérose. Il est aussi d’usage d’utiliser l’aubépine pour reconstruire le cœur suite à un infarctus. L’aubépine favorise la dilatation des vaisseaux sanguins, particulièrement de l’artère coronaire, augmentant ainsi l’apport sanguin au muscle cardiaque. Ainsi nourri, un cœur fragile pourra plus facilement faire son travail et se reconstruire.
La plante est aussi diurétique, aspect non négligeable pour le traitement de troubles cardio-vasculaires.
L’aubépine agit sur le cœur physique, mais aussi sur celui, plus subtile, que les orientaux nomment le chakra du cœur. L’application que nous faisons de cet aspect est d’utiliser la plante en cas d’anxiété et d’agitation, souvent accompagné de palpitations. Pour l’insomnie aussi. Elle est calmante pour les gens nerveux et fébriles.

Un nombre impressionnant d’études cliniques corroborent globalement les usages traditionnels de l’aubépine, sans toutefois lui accorder l’importance thérapeutique que lui portent les naturothérapeutes. À tout le moins, son innocuité, elle, est officiellement reconnue, ce qui fait qu’il est relativement facile de se procurer en magasin des préparations d’aubépine. Dans la pratique traditionnelle de l’herboristerie, l’usage des plantes entières est privilégié, par opposition à l’emploi d’extraits standardisés de certains des composants chimiques desdites plantes, lesquels sont utilisés dans les études cliniques. Les chercheurs reconnaissent toutefois qu’il est probable que l’entièreté des composants chimiques de la plante agisse en synergie. D’où l’intérêt de l’utiliser entière.

Selon l’herboriste états-unien Peter Holmes, le manque de reconnaissance des qualités de l’aubépine repose entre autre sur le fait qu’elle agit subtilement, doucement, quoique très efficacement. Or depuis la Renaissance, les médicaments à action rapide et davantage radicale sont privilégiés. L’aubépine est une plante « féminine », emblème de beauté et d’harmonie, elle n’a donc pas d’emblée une place de choix dans une médecine puissamment « masculine ».


Outre un spéculatif potentiel d’interaction avec la digitaline, l’aubépine ne présente aucune toxicité. Elle peut donc être prise sur de très longues périodes de temps par des personnes très faibles ou âgées. Il convient de prendre l’aubépine pour un minimum de huit semaines. Elle agit lentement et doucement mais, une fois enclenchés, ses effets sont durables.

Il existe sur le marché des teintures de fleurs, feuilles et baies d’aubépine. Ces macérations dans l’alcool se prennent à raison de 20 ou 30 gouttes, deux fois par jour en prévention et de 30 à 50 gouttes en traitement. Il est aussi possible de se procurer de l’aubépine séchée. Les baies doivent mijoter de trente minutes à une heure avant d’être filtrées. De deux à quatre tasses sont suggérées quotidiennement. Les fleurs et les feuilles n’ont pas besoin de bouillir, les laisser simplement infuser dans l’eau bouillie pour une trentaine de minutes. Même quantité quotidienne que les baies. Il est possible de mélanger la décoction de baies à l’infusion de fleurs. Il suffit de mettre les fleurs à infuser dans la décoction de baies filtrée. Une cuillérée à soupe de plante séchée par tasse d’eau, toutes parties confondues. Voilà!

 
Il est primordial, pour toute personne souffrant de troubles cardio-vasculaires, d’être vigilante face à son état. L’automédication ne peut se faire qui si elle est accompagnée d’une parfaite connaissance des paramètres en cause. Il est préférable de consulter un professionnel de la santé afin d’évaluer correctement la situation. Notez qu’il est tout à fait possible de combiner les médicaments de synthèse à des préparations d’aubépine. Il arrive que certains médecins et pharmaciens soient ouverts à cette possibilité. Autrement, il y a certainement un ou une herboriste près de chez-vous! Renseignez-vous.

lundi 24 janvier 2011

Symbole d’immortalité

« Si les gens du peuple permettent au gouvernement de décider de leur nourriture et de leurs médicaments, leurs corps ne tarderont pas à présenter l’état pitoyable des âmes qui vivent sous la tyrannie. »

Thomas JEFFERSON (1743-1826), 3ème Président des Etats-Unis, auteur de la Déclaration d’Indépendance  

Il y a quelques années, le gouvernement canadien a adopté une nouvelle réglementation en matière de produits de santé naturels. L’élaboration de cette réglementation ne s’est pas faite sans consultations, publiques et spécialisées. Elle ne s'est pas non plus faite sans peurs, sans protestations, sans scénario de prise de contrôle des magnats de la pharmaceutique. Le travail et la détermination de gens des milieux tant alternatifs qu’institutionnels ont permit de mettre en place des critères permettant à une majorité de PME de produits traditionnels de survivre. Des compagnies extraordinaires ont par ailleurs choisi de fermer leurs portes, faute de moyens nécessaires pour se conformer aux nouvelles exigences, onéreuses il va sans dire. D’autres ont préféré retourner dans l’anonymat. Tout bien considéré, il convient de dire que toutes ces formes de contrôle limitent la liberté d’action des consommateurs et des thérapeutes en santé naturelle. La docilité est une vertu lorsqu’elle est soutenue par le libre arbitre.

L’humain se soigne avec des plantes médicinales depuis l’origine de l’espèce. Le fait que les médicaments de synthèse soient souvent issus de molécules végétales n’empêche aucunement l’utilisation des plantes desquelles ils sont issus. Par exemple; le saule, Salix alba ou saule blanc plus spécifiquement. Il contient des salicylates, dont la salicortine, qui, après quelques modifications chimiques survenant suite à son absorption, devient de l’acide salicylique, connue dans sa forme acétylée sous la Marque Déposée « Aspirine ».


Au même titre que la petite pilule blanche, le saule est analgésique, anti-inflammatoire et antipyrétique, donc agissant comme un agent diminuant de la fièvre. Il est utilisé pour soulager les douleurs rhumatismales, arthritiques et névralgiques, celles causées par les infections urinaires, les maux de têtes et de dos, les douleurs menstruelles et pour calmer la fièvre. Jean Valnet, médecin et phytothérapeute français, l’a surnommé « l’arbre contre la douleur ». On peut comprendre!
Un autre point intéressant est que le saule soulage l’hyperacidité gastrique, contrairement à son équivalent de synthèse qui, lui, peut provoquer de graves lésions à l’estomac.

Mais le saule n’est plus très populaire. Trop simple, peut-être, comme solution au mal de bloc! Trop peu reconnu? Mal utilisé? Il est clair, comme avec bon nombre de plantes médicinales, qu’il est de première importance d’associer le bon remède au bon trouble. Par exemple, le saule ne sera pas réellement indiqué en cas de migraines, ces dernières étant causées par d’autres mécanismes que ceux, inflammatoires, impliqués dans les douleurs arthritiques.

Du saule, la partie la plus utilisée est l’écorce interne de branches de deux ou trois ans. Le seul inconvénient est que de prélever cette écorce peut grandement nuire à la survie de l’arbre. Certains herboristes auront un concentré liquide d’écorce de saule dans leur dispensaire. Il est aussi possible de se procurer de l’écorce séchée dans les magasins de produits de santé naturels. Les fleurs, appelées chatons, peuvent aussi être consommées en infusion. De cinq à dix grammes de plante séchée par jour, toutes parties confondues, et de deux à quatre millilitres de teinture. Une décoction d’écorce de saule peut aussi être utilisée en externe, soit en compresse ou ajoutée à l’eau du bain pour soulager la douleur et pour accélérer la guérison de blessures.


Les contre-indications ne sont pas fondées sur l’écorce de saule en soi, mais plutôt sur l’extrapolation des effets indésirables de l’Aspirine™.  Les personnes hypersensibles ou allergiques à cette dernière peuvent quand même être vigilants s’ils choisissent de prendre du saule.


Annie Rouleau
Herboriste praticienne


Références

-       The Energetics of Western Herbs, par Peter Holmes, éd. Snow Lotus ©1998
-       Medicinal Plants of the World, Ben-Erik van Wyk & Michael Wink, éd. Timber Press ©2004
-       Passeportsanté.net
-       Diet-and-health.net

jeudi 18 novembre 2010

Yule


Yule est le nom de la très ancienne fête païenne du solstice d’hiver, célébrant la naissance du Dieu soleil, ou Dieu cornu selon les coutumes. Elle représente l’espoir et la renaissance. La plus longue nuit de l’année annonce le retour de la lumière.
Son origine est apparemment Germanique. Les festivités du solstice d’hiver débutaient autour du 21 décembre pour se terminer 12 jours plus tard. Une trêve de guerre, d’armes et de travail prévalait, des feux et des sacrifices honoraient les Dieux et la Déesse.
Le Christianisme transforma Yule en Noël. Le solstice céda sa place à la naissance de Jésus. Le 25 décembre devint la date officielle du début des festivités pour se terminer à l’épiphanie.

Des anciennes traditions sont tout de même restés quelques vestiges fondamentaux, comme l’aura de fraternité, de partage et d’entraide qui émane de cette fête. Un autre élément est aussi resté; l’arbre de Noël.
Autrefois, c’est l’épicéa qui faisait office d’arbre sacré. Aujourd’hui, le sapin est plus populaire pour remplir la fonction. Ces arbres toujours verts représentent la vie dans la mort, la lumière dans la nuit. Ils servaient à accrocher toutes sorte d’offrandes. Les pommes furent remplacées par des boules de verre au 19ème siècle et la tradition devint tranquillement le symbole officiel de Noël.

Le sapin, baumier de préférence, est en outre un arbre sacré pour des raisons un peu plus biochimiques que religieuses. Ses huiles essentielles sont extrêmement médicinales. L’infusion de sapin sauva bien des marins européens du terrible scorbut qui décimait les troupes d’explorateurs. En fait, il n’est pas clair si le sapin fut bel et bien utilisé à l’époque ou si il s’agissait plutôt d’une variété de pin ou de thuya. Peu importe, tous les conifères sont riches en vitamine C et en acide ascorbique, responsables des vertus anti-scorbut de ces arbres.
Le sapin est utilisé depuis la nuit des temps. Il est antiseptique, expectorant, cicatrisant, digestif, diurétique et calmant pour les douleurs rhumatismales et musculaires. Voici tout de même un assez considérable arsenal de propriétés médicinales! Il pousse partout dans nos contrées et est facile à utiliser, à l’exception de la gomme qui présente un défi pour quiconque souhaite en recueillir sans l’outil adéquat. Ce dernier se nomme picoué. Il s’agit d’un petit gobelet de fer muni d’un bec à dents. En enfonçant celles-ci dans les vésicules de gomme, il devient possible de récolter le précieux ingrédient sans se coller les doigts. Cette gomme peut alors être encapsulée, façonnée en pastilles, infusée ou appliquée directement sur les lésions cutanées. Les jeunes pousses et les bourgeons sont aussi utilisés.

Mais qu’est ce que ça fait?
Le sapin sert pour les troubles respiratoires; toux, bronchite, sinusite, etc. Il est aussi apprécié des gens qui arrêtent de fumer, facilitant le nettoyage et la guérison des poumons. Prendre en capsule, en infusion ou en huile essentielle.
Pour ses propriétés antiseptique et cicatrisante, le sapin sert en cas de gerçures des mains, de verrues plantaires, d’ulcères cutanés. Il a même été prouvé efficace pour soigner le vilain Staphylococcus aureus1, communément appelé le Staphylocoque doré, responsable d’infections bactériennes souvent difficiles à soigner, comme le panaris, les furoncles ou l’anthrax (non pas ce que l’on nomme la maladie du charbon, qui est une autre affection bactérienne).
Au niveau digestif, la gomme et l’infusion de sapin stimulent la digestion et, à forte dose, traitent la constipation.
En application externe, le sapin soulage les douleurs rhumatismales et musculaires.

L’utilisation de la gomme de sapin sur la peau demande quelques instructions. Il est essentiel d’avoir à portée de main une huile végétale. Celle-ci permet d’enlever la gomme une fois le temps d’application écoulé. Le plus simple demeure l’application de l’huile essentielle. Il est préférable de diluer quelques gouttes de celle-ci dans un peu d’huile végétale pour éviter les possibilités d’irritation que les huiles essentielles peuvent causer sur des peaux sensibles. De telles applications peuvent être faites sur le thorax pour les toux, sur les articulations douloureuses et pour les plaies. L’huile essentielle peut aussi être prise en interne à raison de deux gouttes sur la langue. Des capsules de gomme sont aussi disponibles en magasin. Suivre la posologie du fabricant.

Une recette, pour terminer!

Miel de bourgeons de sapin
À la fin du mois de mai ou au début juin, les bourgeons de sapin s’ouvrent. Pour les cueillir, il suffit de les saisir entre les doigts et de tirer. Éviter de prendre tous les bourgeons d’une même branche pour ne pas nuire à la croissance de l’arbre. Récolter de quoi remplir à moitié un pot de verre d’environ 500 ml. Procurez-vous un miel liquide non pasteurisé. Vous n’aurez qu’à remplir le pot contenant les bourgeons avec le miel. Il est possible de réchauffer légèrement le miel pour faciliter le mélange. Laisser macérer quatre semaines, en brassant chaque jour. Pour ce faire, vous pouvez laisser le pot sur le comptoir de cuisine et simplement le retourner quotidiennement. Pour filtrer, servez-vous d’un tamis dans lequel vous verser le tout et laisser simplement le miel s’égoutter dans le réceptacle. Résultat : un miel médicinal au goût exquis, parfumant à merveille une infusion pour la toux!

Santé!

Annie Rouleau
Herboriste Praticienne

1 Phytothérapie Research, volume 20, numéro 5, Composition and antibacterial activity of Abies balsamea essential oil, par André Pichette, Pierre-Luc Larouche, Maxime Lebrun, Jean Legault
Article first published online: 18 APR 2006

mardi 26 octobre 2010

Les cinq sens du schisandra

Pour des raisons qui semblent profondément obscures, l’être humain est déséquilibré. La mise en lumière de causalités permettant de rétablir une harmonie momentanée répond certainement à un besoin d’évolution, mais la nature demeure et l’incompréhension se perpétue. Notre apparente petitesse dans cet infini qu’est la vie provoque un complexe d’infériorité collectif qui perdure depuis la nuit des temps et fait que finalement, on magnifie la complexité alors qu’au fond, c’est si simple; nous faisons partie d’un tout, ni plus ni moins importants que chacune de ses autres composantes. Chacun sa place, chacun son rôle. L’analogie de ce constat pourrait être illustrée, à l’échelle individuelle, par la réalisation d’un rêve : le rationnel sera chargé de faire le magasinage pratico pratique, alors que le cœur assurera la réalisation. L’inverse risquerait fort de mener à l’abandon pur et simple du projet, les rêves n’étant pas, par définition, rationnels!
La perfection existe, c’est une danse, un mouvement où règne l’harmonie et l’humilité.

En Asie de l’est pousse une plante qui produit de petites baies rouges dont le nom chinois signifie « le fruit aux cinq saveurs ». La peau et la chair sont sucrées, la graine est acre et amère, et l’ensemble du fruit est salé. En Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), chacune de ces saveurs supporte un des cinq organes, yin, le cas échéant : le foie, le cœur, la rate, les poumons et les reins. À ces organes sont associés les cinq éléments, soit le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau, chacun adjoint d’une foule d’autres détails utilisés en MTC pour préserver la santé, établir un diagnostique ou traiter un trouble. Elle se nomme schisandra, Schisandra chinensis en latin, Wu wei zi en chinois.

Le schisandra fait partie des plus importantes plantes adaptogènes. Il est utilisé depuis des millénaires, en Chine et au Japon notamment, pour soutenir l’immunité et redonner de la force vitale. Il est dit que les jeunes Chinois, à la veille de leur noce, recevaient des baies de schisandra afin d’être parfaitement équipés pour honorer la nouvelle épouse. Bien sur le peuple de Chine prise les aphrodisiaques, c’est connu, et le schisandra n’échappe pas à la tendance. Mais ce qui le rend efficace pour donner tonus et énergie en vue d’ébats amoureux réside dans ses qualités toniques. Comme les autres plantes adaptogènes, le schisandra augmente l’endurance physique. Mais attardons-nous sur l’aspect tonique.

Par un savant travail sur les reins, le schisandra aide le corps à conserver ses fluides, entre autres ceux produits par les organes sexuels. Ainsi, la plante est utilisée dans toutes sortes de situations d’évacuation indésirée de liquides, comme les sueurs nocturnes, une transpiration démesurée, les diarrhées, les pertes vaginales, l’éjaculation précoce ou l’émission trop fréquente d’urine. La plante est astringente, ce qui signifie qu’elle permet aux cellules des différents tissus du corps de se resserrer, donc de garder leur humidité. Pour cette raison, le schisandra tonifie aussi la peau et la protège des effets néfastes des intempéries et du soleil.
Au niveau des poumons, la plante sera utile pour les personnes fragiles et sujettes à l’asthme et aux troubles pulmonaires chroniques. Le schisandra peut être pris durant une période de toux. Sur le plan de l’immunité, il augmente globalement l’activité immunitaire et aide à prévenir l’épuisement du système que l’excès de stress peut causer. Il est très utilisé pour soutenir les personnes aux prises avec des cancers, de grandes déficiences immunitaires ou de la fatigue chronique, ou simplement pour supporter toute personne désireuse de se maintenir en santé.

Ensuite, le fruit aux cinq saveurs tonifie le système nerveux. Il est stimulant du système nerveux central, ce qui a pour résultat d’accroitre les réflexes, augmenter l’activité mentale et la vitalité, la concentration et la mémoire. Paradoxalement, il est aussi calmant et aide en cas d’anxiété et de dépression.

Puis, finalement, le schisandra est un très grand protecteur du foie. Il favorise la régénération des cellules de l’organe en cas d’hépatite virale ou de dommages causés par des médicaments ou d’autres substances toxiques. Il permet aussi aux cellules du corps d’augmenter la production du puissant antioxydant qu’est le glutathion.

Ainsi, il est clair que le schisandra s’adresse au « tout ». Je ne peux que venter cette plante merveilleuse. Même si ses petites baies ne permettent pas d’expliquer le déséquilibre humain, ils aident tout au moins à assainir un corps et une âme fatigués par les stress qu’engendrent l’existence.

De deux à neuf grammes de baies séchées par jour sont suggérés, soit de une à quatre cuillérées à thé. Les préparer en décoction; deux grammes par tasse d’eau, mijoter environ quinze minutes. L’extrait liquide, ou teinture est aussi une alternative. Prendre de 40 à 80 gouttes trois fois par jour ou selon la posologie du fabricant. Le schisandra peut être pris sur de longues périodes. Une année entière n’est pas excédentaire lorsqu’on souhaite traiter des troubles profonds. Autrement, un minimum de un mois de prise quotidienne est souhaitable. Pour les enfants, donner une demi dose entre six et douze ans. Un quart pour les plus petits.
Renseignez-vous si vous souhaitez prendre le schisandra en même temps que d’autres médicaments pour vous assurer que chacun fera son travail sans nuire à l’autre.

Annie Rouleau
Herboriste Praticienne

Références :
*Radiant Health, par Ron Teeguarden, éd. Warner Books, 1998
*Chinese Traditional Herbal Medecine, vol.II, par Dr. Michael Tierra et Lesley Tierra, éd. Lotus Presse, 1998
*Adaptogenes, par David Winston et Steven Maimes, éd. Healing Arts Press, 2007

jeudi 26 août 2010

Avena sativa



L'espace intérieur. S'occuper de soi. Prendre soin de son être comme on cultive un jardin, avec amour, attention, compassion et empathie. S'aimer suffisamment pour se permettre d'être intègre. Apprivoiser la solitude comme un moment privilégié de contact avec son intériorité. Développer son vocabulaire émotif pour faciliter la reconnaissance et l'expression de ses besoins fondamentaux. Constater humblement l'impossibilité d'être autre chose que soi-même, entièrement, à chaque instant, et en être fier, profondément. Erich Fromm le dit comme suit: "Le précepte biblique "Aime ton prochain comme toi-même" signifie précisément que le respect de sa propre intégrité et singularité, l'amour et la compréhension de son propre soi, sont inséparables du respect, de l'amour et de la compréhension d'autrui".

On met souvent beaucoup d'énergie à fuir ce précepte. Toutes les formes de dépendances sont une façon éprouvée de ne pas être avec soi-même. Entre autres méthodes efficaces, on peut citer; s'occuper des autres en sauveur, pratiquer la procrastination, rationaliser. Puis, un jour, on tombe malade, ou encore on se crée une situation de crise conjugale extrême qui nous force à voir le problème "en pleine face"! Alors l'option de s'éviter ne se pose plus. Enfin, on a toujours le choix de remettre encore à plus tard mais bon!

Cela dit, je ne suis pas philosophe, je suis une sorcière. Or, dans ces périodes de tourbillons émotifs profonds, la sorcière avertie sort son grimoire et fait un feu sous le chaudron. Plusieurs plantes composeront sa potion, mais je ne vous parlerai aujourd'hui que de l'une d'elles: Avena sativa, l'avoine.
L'avoine est associée au nord. Non seulement elle y pousse mais aussi, depuis des siècles, elle y bâti "des humains robustes, capables de s'adapter aux plus extrêmes exigences climatiques et sociales, du rhume à la famine, en passant par les guerres et autres fléaux."(1)

Extrêmement nutritive, cette douce plante est un des grands toniques du système nerveux. Elle nourrit et restaure les nerfs entre autre grâce à sa forte concentration en minéraux; Insomnie, dépression, maux de tête chroniques et fatigue du même acabit, épuisement, sevrage (nicotine, drogues)...
En fait, en tonifiant le système nerveux, c'est l'ensemble de la circulation des influx nerveux qui est optimisée. Les effets se font sentir notamment sur la concentration et la lucidité, sur les réactions musculaires, même sur la sensibilité de la peau et la tolérance à la douleur.
D'un point de vue plus psychique, l'avoine a une capacité à nous aider à nous centrer. Elle fait s'illuminer le plexus solaire et se relâcher les épaules, crispées par l'anxiété. L'état de bien être et de légèreté alors ressenti permet de mieux traverser les moments houleux, stressants ou douloureux. Je vous dirais que l'avoine est une grande alliée de l'introspection; il est beaucoup plus facile de gérer ses doutes lorsqu'on est bien centré!
Les enfants hyperactifs ou vivant des périodes d'anxiétés seront aidés par l'avoine. Et puis, on peut en faire des biscuits, muffins et autres gâteaux nourrissants!
En bain, elle est aussi très agréable. Une grosse infusion d'avoine dans un bon bain chaud, voilà de quoi désamorcer une crise "d'hystérie" et vous enligner sur un calme satisfaisant.
La plante travaille aussi sur d'autres systèmes. Elle renforce les vaisseaux sanguins, aide à diminuer les hauts taux de cholestérol et de glycémie, aide à construire et à conserver de bons os et de bonnes dents. C'est une des céréales les plus riches en protéines. De plus, l'avoine supporte les fonctions endocrines, notamment les déficiences thyroïdiennes. Et pour la peau, l'avoine soulage et adoucit dans les cas d'eczéma et autres irritations cutanées. J'en passe...
Un regard sur ses constituants chimiques corrobore tout cela mais là n'est pas mon point aujourd'hui. Je vous parlais d'espace intérieure. Pour paraphraser à nouveau Peter Holmes, "l'avoine remet complètement l'organisme en état, de l'intérieur vers l'extérieur, parce qu'elle va partout". Comme s'occuper de soi débute à l'intérieur, par un choix, et nous demande de tout  regarder. S'ensuit l'épanouissement et ma foi, l'avoine est vraiment une belle alliée de ce processus... croyez-en ma grande expérience! HéHéHé

Annie Rouleau
Herboriste


(1) Peter Holmes, The energetics of western herbs, Snow Lotus Press © 1997