mardi 16 avril 2013

Survivantes préhistoriques


De l’ère paléozoïque demeurent quelques vestiges végétaux encore bien vivants. La prèle des champs en est un, comme les fougères et les lycopodes. Elle est utilisée par l’humain depuis au moins quelques centaines d’années et, comme tant d’autres, elle n’est l’objet que de quelques rares études cliniques plus ou moins bien documentées, donc peu crédibles pour les scientifiques. Les connaissances empiriques demeurent le gage de ses qualités thérapeutiques.



De sa taille monumentale de jadis, la prèle des champs, Equisetum arvense, est aujourd’hui une petite envahisseuse de bords de routes. Elle pousse en deux étapes. Une première, fertile, où elle se dresse en tiges beiges segmentées coiffées d’un épi pointu dispersant les spores reproductrices. Elle ne reste ainsi que peu de temps et laisse place à la deuxième étape, des tiges stériles d’un magnifique vert tendre, fines, droites et également segmentées, aux aisselles desquelles jaillissent de petites branches aux multiples jointures. Aucunes fleurs ni aucuns fruits ne sont produits. D’un point de vue botanique, la prèle ne ressemble à aucune espèce connue.

Ses qualités médicinales sont principalement dues à son contenu élevé en minéraux et en oligo-éléments, particulièrement la silice, le calcium et le zinc.

Elle sert aux soins du système urinaire, favorisant la production d’urine et l’élimination de métabolites et d’eau. Seule ou combinée à d’autres plantes, elle est utile en cas de rétention d’eau, d’infection et d’inflammation des voies urinaires et pour l’élimination de calculs rénaux.
Autre système sur lequel la prèle agit, celui du squelette humain. Elle augmente la disponibilité du calcium. Ce qui fait d’elle une alliée importante pour la prévention et le traitement de l’ostéoporose, de fractures, de troubles des articulations. Aussi pour la santé des ongles et des cheveux et pour la guérison des plaies, en usage interne et externe.
La silice est cependant capricieuse quand à sa délicatesse avec le corps. Il est important de récolter la prèle au début de l’apparition des tiges stériles, soit dans les quatre semaines suivant leur apparition, après quoi la silice quelles contiennent cristallise et devient potentiellement irritante, surtout pour les reins. Par contre, les plus vielles tiges sont utiles pour tout autre chose; elles servent à récurer et à polir le métal et le bois.
Il convient de bien identifier l’Equisetum arvense. Certaines de ses cousines, comme les Equisetum hyemale et palustre, ont une toxicité considérable.

Pour l’infusion, mettre une grosse cuillérée à thé de plante séchée par tasse d’eau bouillante, infuser quinze minutes, filtrer et boire de une à trois tasses par jour. Pour extraire au maximum les composantes minérales de la prèle, la macération dans le vinaigre est idéale. Un bon vinaigre de cidre de pomme bio fait l’affaire. Hacher les tiges en petits morceaux, en remplir un pot genre Masson, couvrir de vinaigre, placer une pellicule plastique sur le goulot puis installer le bouchon.
Le contact entre le métal et le vinaigre est à proscrire. Bien agiter le contenu chaque jour pour au moins la première semaine puis laisser reposer durant trois à cinq semaines dans un endroit sec et à l’abris de la lumière. Ensuite filtrez et transvider dans une bouteille de verre brun ou opaque.
Encore une fois, l’automédication ne devrait être pratiquée que par les gens expérimentés ou dûment formés. Sinon, consultez votre herboriste ou renseignez-vous auprès d’une personne de confiance.

La prèle ne devrait pas être prise durant la grossesse ni par des personnes souffrant de gros problèmes rénaux. Autrement, lorsque toutes les consignes sont respectées, elle ne peut que faire du bien.

Bon printemps!

lundi 8 avril 2013

Grand Esprit


L’image de magnanimité qui me vient en tête est celle d’une vieille sage-femme intemporelle, critique et sévère mais compatissante et aimante. Tous et toutes la consulte. Elle accueille, écoute et guide vers le mieux être, peut importe son antagoniste. Cette sage-femme est entourée de plantes, séchées, fraîches, macérées, en flacons, en pot ou suspendues à l’ombre.
Une des plantes de son dispensaire rejoint particulièrement l’aspect magnanime de son travail. C’est l’herbe des petits casse-cou et des grands téméraires, celle des maladroits aussi, ou des malchanceux chroniques, bref de tous ceux et celles qui sont sans cesse ecchymosés de pied en cap. L’arnica.



L’espèce d’arnica la plus courante est celle originaire des montagnes d’Europe, Arnica montana. Elle fait aujourd’hui partie des espèces protégées. En Amérique du nord, on retrouve encore à l’état sauvage quelques populations d’Arnica cordifolia surtout, mais aussi des Arnica fulgens, sororia et latifolia. Ces dernières sont indigènes dans les rocheuses canadiennes et dans les états avoisinants, de l’Alaska jusqu’au sud de la Californie. Au Québec, l’Arnica lanceolata se trouve surtout en Gaspésie et dans le bas Saint-Laurent. Elle est endémique dans le nord-est de l’Amérique et fait aussi parti des espèces menacées, donc protégées. On peut également retrouver quelques autres espèces ça et là autour du golfe et dans l’Ungava. Si l’un ou l’une d’entre vous trouvez un jour une petite colonie d’arnica sauvage dans nos contrées, ne la cueillez pas mais photographiez allègrement! La plante se cultive bien, pour autant que le substrat idéal soit préparé. Elle préfère les sols légèrement acides.

Les premiers écrits décrivant ses propriétés datent du 15ème siècle mais l’usage médicinal de l’arnica remonte littéralement à la nuit des temps, en Europe et en Amérique. Elle fut longtemps utilisée pour des troubles des systèmes circulatoire et respiratoire, digestifs et nerveux aussi. Cependant, comme la plante est toxique en dose relativement petite, elle est « interdite » pour usage interne. Par contre, l’application topique, donc externe et localisée, de préparations d’arnica est toujours de mise aujourd’hui, usage reconnu, approuvé et prescrit par de nombreux ouvrages de références, notamment par la Commission E allemande.

Ses noms communs sont évocateurs : bruchkraut (herbe aux fractures) et fallkraut (herbe aux chutes) en allemand, panacée des chutes pour certains français. L’arnica est une des plantes importantes du traitement des chocs et des traumatismes. Contusion, ecchymose, entorse, foulure, dislocation, accident, douleurs musculaires et arthritiques, bursite, phlébite superficielle, œdème. Appliquée rapidement après un choc, en quelques heures le résultat est surprenant.
La présence dans la plante de ce qui fut anciennement nommé le « principe amer », les lactones sesquiterpéniques, expliquerait l’action de l’arnica. Ces lactones inhibent un des circuits de communication cellulaire responsable de l’inflammation. Grâce aussi à d’autres composantes biochimiques, l’arnica active la phagocytose, donc le nettoyage des tissus endommagés. Elle stimule la dilatation des vaisseaux sanguins, favorisant ainsi le transport du sang dans les régions endommagées ou en inflammation, ce qui accélère la guérison.
Autre application de l’arnica à souligner : en gargarisme pour les infections de la gorge et pour l’inflammation des gencives. Ne pas avaler.

Par contre et encore à cause de son potentiel toxique, elle peut aussi provoquer des réactions cutanées chez certaines personnes hypersensibles ou réactives à la famille des astéracées (pissenlit, herbe à poux, marguerite, échinacée, etc.), un peu de prudence est de mise. Pour elles, il est préférable d’utiliser un concentré liquide dilué, par exemple, une part de teinture d’arnica pour six parts d’eau. Autre mise en garde pour l’usage externe de l’arnica; la peau doit être intacte, donc pas d’application sur une plaie ouverte, sauf en périphérie. Le résultat d’une réaction à l’arnica en usage externe est davantage embêtant que dangereux. Une irritation et un possible œdème surviennent en pareil cas. Les symptômes disparaissent rapidement.

Pour toutes les raisons mentionnées de potentielle toxicité, l’arnica est souvent utilisée en préparations homéopathiques et en élixir floral. Des crèmes et onguents sont courants en pharmacie et en magasin, de même que les différentes dilutions en granules. C’est le genre de petit tube dose que toute personne aventurière ou fréquemment chargée des premiers soins de la troupe devrait avoir dans son sac en permanence. Les granules sont aussi utilisées quelques semaines avant une chirurgie pour diminuer l’inflammation et la douleur postopératoire et pour favoriser le rétablissement.



La liste de références étant assez longue, n’hésitez pas à m’écrire pour en connaitre les détails.

Allez les bleus!


Annie Rouleau
Herboriste-praticienne


samedi 1 décembre 2012

La bienfaisante exubérance du piment de Cayenne


Peu d’épices connaissent une renommée aussi universelle que le piment de Cayenne. Depuis les neuf mille ans connus de sa culture et de son usage culinaire et médicinal, il est parti de sa terre natale d’Amérique équatoriale et s’est implanté, d’abord dans les pays adjacents, puis en Asie, en Inde et en Afrique, en Europe méridionale et dans nombre de contrées du centre et du nord du globe.

Pour quelque vingt-deux espèces de Cayenne sauvage, cinq sont intensément cultivées de par le monde, dont Capsicum annuum et frutescens. Pour plusieurs, la qualité du Cayenne se mesure par sa cote BTU. Plus celle-ci est élevée, plus le piment est puissant, passant de 1 BTU pour le paprika à 120 BTU pour certains piments africains. Nous sommes en présence de petites fournaises de cinq centimètres de long, rouges, orangées, jaunes ou vertes, oblongues ou rondes, selon l’espèce. La capsaïcine est le constituant chimique faisant l’objet d’études portant sur le Capsicum. Elle est responsable de son goût piquant et de ses vertus thérapeutiques. Le piment est aussi riche en vitamines et en minéraux, entre autres des vitamines Pro-A, C et E, du fer, du calcium et du magnésium. La capsaïcine étant très puissante et potentiellement irritante, il est préférable d’utiliser le fruit entier. Les autres composants contenus dans la chair tempèrent la capsaïcine et permettent de bénéficier pleinement de cette plante merveilleuse.

Le piment de Cayenne stimule et met du mouvement lorsqu’il y a congestion. Il agit principalement sur la circulation sanguine, les troubles des articulations et de la digestion et sur le système respiratoire, mais il ne convient pas à tout le monde. Ajouter une chaleur aussi puissante que celle du Cayenne sur un organisme déjà chaud, irrité ou en inflammation risque fort de faire sauter le couvercle de la casserole! Le « fruit du feu », dixit Flora Medicina, sert les frileux frissonnants, atones, aux extrémités froides et à la digestion lente.

L’indication la plus reconnue du Capsicum est en usage externe sur les articulations endolories par l’arthrite et l’arthrose, les bursites, tendinites et douleurs musculaires. Il est aussi utilisé pour les douleurs névralgiques provoquées par les éruptions herpétiques, le zona, les chirurgies, les maux de dents. C’est que la capsaïcine inhibe la substance P, un neurotransmetteur responsable du transport des signaux de douleurs des nerfs jusqu’au cerveau. L’effet antidouleur est appuyé par l’action qu’à cette même capsaïcine sur le sang : elle stimule la circulation, entrainant un apport accru de sang et d’oxygène juste sous la peau, favorisant ainsi l’élimination des toxines et de la congestion qui provoquent la douleur. Il existe des crèmes et onguents vendus en commerce, soit naturels, soit pharmaceutiques, applicables sur les zones endolories. Il est aussi possible d’appliquer un concentré liquide, ou teinture, sur la peau, à condition qu’elle soit exempte de lésions cutanées auquel cas, le Cayenne pourrait-être irritant. Sur une peau saine par contre, l’effet est assez impressionnant. La sensation de brulure est normale et de courte durée. Elle ne devrait être inquiétante que si elle perdure et que des rougeurs apparaissent. Il est aussi important de bien laver les mains à l’eau savonneuse après application de Cayenne ou de produits dérivés. Tout contact avec les yeux ou les muqueuses délicates du corps provoque à coup sûr une mémorable brûlure.

Si le Cayenne amène le sang à la surface, il favorise aussi la circulation globale et surtout celle menant aux extrémités du corps. Il stimule la dilatation des vaisseaux sanguins et augmente le flux circulatoire, sans pour autant accroître les battements cardiaques. Il nourrit les vaisseaux par son apport en minéraux et permet de les garder souples et intègres. Le Capsicum est aussi antioxydant. On sait que le cholestérol oxydé se dépose dans les artères et forme des plaques d’athérome dangereux. Or une plante qui stimule la circulation, garde le sang fluide et contrôle l’oxydation lipidique devient une alliée de choix pour les personnes aux prises avec des troubles sanguins et circulatoires. Il demeure essentiel de se référer à son praticien de la santé avant d’entreprendre quelque traitement que ce soit en lien avec des troubles graves. L’automédication ne devrait être pratiquée que par des personnes aguerries.


Côté digestion, même topo : le Cayenne stimule, facilite la digestion et permet une meilleure assimilation. Il est aussi bactéricide et antiparasitaire. Pas étonnant qu’il soit aussi abondamment répandu dans les pays chauds, là où les intrus alimentaires prolifèrent plus allégrement qu’ailleurs.

La liste des applications possibles du piment de Cayenne est bien plus exhaustive que celle présentée ici. Disons que les mots qui synthétisent le mieux les effets du Cayenne sont : c’est froid et congestionné. L’extrapolation est permise. Il est aussi important de considérer les possibles interactions médicamenteuses; le Capsicum augmente l’absorption de certains médicaments. Garder l’œil ouvert, donc, si vous prenez des médicaments et souhaitez incorporer le Cayenne. Éviter le aussi en cas d’ulcère d’estomac, de reflux gastriques, d’hémorroïdes, de colon irritable et durant la grossesse et l’allaitement.

Annie Rouleau
Herboriste praticienne
annieaire@gmail.com

mardi 17 juillet 2012

Rose


Reine des fleurs. Emblème de toutes les déesses de l’amour et de la beauté, symbole de paix mais aussi de puissance et de mysticisme. La rose est la plus cultivée de toutes les fleurs. Elle est aussi la plus souvent peinte, sculptée, décrite en mille et un vers tristes ou heureux, utilisée pour demander la main de l’être aimé, dire pardon ou je t’aime, faire étalage de sa galanterie ou de sa passion, bref, elle n’est pas anodine. La rose est dramatiquement belle !
Mais celle dont il sera question ici est, comme dirait Maurice Mességué, « la version champêtre de la reine des fleurs », soit l’églantine. C’est la grand-mère sauvage du rosier ornemental. Rosa canina est la variété la plus utilisée pour ses qualités médicinales mais les autres sont à peu près interchangeables, comme Rosa eglanteria, Rosa blanda et rugosa.
En mon sens, l’églantier est une bénédiction. Il est des choses si poétiques, comme un bord de grève peuplé de ses fleurs si douces, qui ne peuvent que faire du bien à l’âme et une âme en paix peux soutenir un corps qui souffre. Cela dit, les vertus médicinales de la rose sauvage sont réelles et mesurables.
De la plante sont utilisées plusieurs parties. Les pétales, les feuilles, les baies, appelées cynorrhodon, composées d’une chair rouge orangé entourant le fruit, un akène contenant la graine et, une néoformation, le bédégar. Ce dernier ressemble à la chevelure hirsute d’un gnome. Il s’agit d’une galle provoquée par les œufs qu’un voisin de l’abeille, le cynips de l’églantier, pond dans la tige de l’arbuste.
Tous ces organes sont riches en composés biochimiques médicinaux, des tannins notamment. Le cynorrhodon contient une impressionnante quantité de vitamine C en plus d’autres vitamines (provitamine A et groupe B surtout) et minéraux, des tannins et des flavonoïdes. La graine contient aussi certains acides gras importants. Elle est cependant entourée de poils irritants qu’il convient de retirer avant usage. Ils ont donné à l’églantier son nom commun de « gratte-cul »… le poil à gratter ne se trouve pas que dans les boutiques de farces et attrapes !


Nombreux sont les peuples de l’hémisphère nord qui ont su bénéficier des qualités de l’églantier. En périodes de disette, lorsque les sources de vitamine C venaient à manquer, la culture de la plante fut mainte fois encouragée. Les peuples nordiques mélangeaient la chair de cynorrhodon à de la viande séchée, de la graisse animale et d’autres fruits secs pour en faire une pitance riche pour hivers rigoureux. Encore aujourd’hui, les baies d’églantiers sont transformées en confiture, en gelée, en sirop ou en soupe. Les boutons floraux et les pétales matures peuvent aussi entrer dans ces préparations. Ces mêmes compositions ne sont cependant pas exclusivement nutritives, elles sont aussi médicinales. Les tannins et flavonoïdes contenus dans la chair des baies sont antioxydants, anti-inflammatoires, astringents. Ce qui fait du cynorrhodon un grand allié des soins de troubles digestifs : diarrhée, coliques, indigestion ; Troubles de la peau : brûlures, irritations ; Problèmes locomoteurs : douleurs arthritiques, rhumatismes ; Affections respiratoires : grippe, écoulement nasal, maux de gorge. On sait que la vitamine C aide à combattre l’infection. Elle est ici couplée aux tannins et flavonoïdes pour soulager les muqueuses irritées et favoriser l’intégrité cellulaire.

Le bédégar est, quant à lui, principalement astringent. Il est donc surtout utilisé pour les troubles digestifs, respiratoires et cutanés. Il est aussi traditionnellement utilisé comme diurétique. Il aider à soulager les calculs urinaires. Les graines d’églantier aussi.
Certaines études ont été conduites, mais peu sont scientifiquement reconnues, faute d’être suffisamment étoffées. Encore une fois, l’empirisme de certains savoirs sait tout de même confondre le septique !


Pour usage médicinal, les sirops peuvent faire l’affaire mais il est préférable de privilégier les préparations concentrées soit les décoctions dans le cas des baies et des graines, l’infusion dans le cas des feuilles, pétales, boutons d’églantines et bédégar. Dans tous les cas, on utilise une ou deux cuillérée à thé de plante par tasse d’eau. Infuser une trentaine de minutes ou mijoter vingt-cinq minutes les parties plus coriaces. Une décoction de cynorrhodon refroidie et délicatement sucrée fait des merveilles par temps chaud ! Une purée de chair de cynorrhodon conservera mieux les vitamines du fruit. Il est alors préférable de ne pas chauffer du tout. Simplement retirer les akènes et tous les poils pouvant subsister, bien écraser ou broyer au robot. Sa durée de vie sera par contre assez limitée. Garder au frigo ou congeler en petites portions. Mélanger à du yaourt ou tout autre aliment de votre choix.

Récolte et séchage maintenant ! Cueillir les feuilles avant la floraison et, lorsqu’ils sont parfaitement prêts, les boutons et les pétales. Le séchage est assez facile à réaliser pour autant que les conditions de base soient respectées ; endroit sec, sombre et bien aéré, quelques jours suffiront. Les cynorrhodons demandent un peu plus de travail. Ils doivent être récoltés en fin d’automne, après les premières gelées. Celles-ci stimuleront la sucrosité du fruit et attendriront la chair. Ils peuvent être séchés tel quel mais devront alors être bien tamisés lorsqu’infusés, faute de quoi les poils entourant les graines risqueraient de causer de l’irritation. Pour éviter cet inconvénient, il suffit d’égrainer les baies, bien nettoyer les graines et de les sécher séparément. Le bédégar peut être récolté à l’automne. Le couper en deux et le vider des nymphes et autres insectes qu’il abrite avant de le sécher.

À la reine des fleurs sauvages …
Santé !

Annie Rouleau
Herboriste-praticienne








Références : 
A systematic review on the Rosa canina effect and efficacy profiles, par Chrubasik C, Roufogalis BD, Müller-Ladner U, Chrubasik S. Source : Department of Forensic Medicine, University of Freiburg, Albertstr. 9, 79104 Freiburg, Germany. 
Mon herbier de santé, par Maurice Mésségué, © Éditions Robert Laffont 1975
Pharmacognosie, par Jean Bruneton, © Édition Tec & Doc 1999 et Éditions Médicales Internationales

mercredi 6 juin 2012

Points de myrrhe


Voici une bien curieuse caractéristique que celle de l’ubiquité! Aux mains de certains hommes, car les femmes semblent moins enclines à posséder ce genre de dons, elle n’est que synonyme de pouvoir. De « Big Brother is watching you! » à la UID, ou Ubiquitus ID, que je ne prétend aucunement comprendre mais qui me parait terrifiante, les quelques réussites humaines à maitriser l’ubiquité ne sont pas très « humanistes ». L’immortalité me parait plus poétique. Survivre aux âges, être de toutes les époques, voilà, ce me semble, un phantasme de science fiction plus attirant que celui d’être partout à la fois!

La pharmacopée médicinale est remplie de plantes ayant traversé le temps. Des plantes que l’humain utilise depuis des milliers d’années et qui, sans aujourd’hui faire partie des codex officiels, sont néanmoins fort efficaces. La myrrhe en est une. Cette gomme oléorésineuse exsude du tronc des arbustes du genre Commiphora. Durant la floraison ou pour parer une blessure, l’arbre sécrète spontanément de petites larmes de myrrhe. La récolte se fait aussi en entaillant le tronc pour provoquer la production. Il fut un temps où la myrrhe valait autant et même davantage que l’or. Ainsi durant plusieurs siècles, les contrées marchandes s’enrichirent allègrement. Originaire du nord-est de l’Afrique et de la péninsule arabique, la myrrhe est utilisée depuis des temps immémoriaux, tant pour ses vertus médicinales que pour des usages rituels. Il est dit que la myrrhe fut l’un des trois cadeaux offerts par les Rois Mages à l’ubiquiste le plus connu; Jésus. Mais son utilisation date de bien avant l’ère chrétienne. Le plus ancien écrit relatant son usage est le papyrus Ebers rédigé possiblement au seizième siècle avant notre ère. Ce document fait partie des plus anciens textes médicaux auxquels nous pouvons nous référer. La myrrhe était utilisée dans l’Égypte ancienne entre autre au cours du processus de momification.

La principale variété de myrrhe médicinale est issue de l’arbuste Commiphora myrrha. Étant très peu soluble dans l’eau, la gomme oléorésineuse est préparée en macération dans un alcool à haut pourcentage, appelée une teinture, ou distillée pour extraire les huiles essentielles. La liste des usages qu’en ont fait les humains depuis autant de milliers d’années est impressionnante. Ceux qui demeurent importants aujourd’hui font appel aux propriétés antiseptique, expectorante-stimulante, astringente, mucolytique et amer de la myrrhe.
Elle sert à traiter les infections et inflammations de la bouche et de la gorge : aphtes et ulcères buccaux, abcès, gingivite, maux de gorge, pharyngite. Elle entre par ailleurs dans la composition de dentifrice et de poudre dentaire. Pour le système respiratoire, elle aide à décoller, liquéfier et éliminer les sécrétions qui obstruent les voies respiratoires. On l’utilise en cas de rhume, de toux grasse, sinusite.
L’effet antiseptique de la myrrhe s’applique aussi à la peau. Les soldats de la Grèce antique en avaient toujours avec eux en temps de guerre et l’utilisaient pour aseptiser les blessures et éviter la gangrène. Il en est de même aujourd’hui. L’application de myrrhe sur les lésions cutanées et les plaies désinfecte et accélère la cicatrisation.
Le système digestif bénéficie aussi des propriétés médicinales de la myrrhe. Ses principes amers favorisent la digestion. Elle est aussi utilisée pour calmer l’aérophagie et éliminer les flatulences et certains parasites intestinaux.
Ce sont, en gros, les principaux usages de la myrrhe. Muqueuses infectées ou mucus compact et obstruant, la myrrhe fait des merveilles. Et puis aussi, elle est jolie et parfume délicieusement l’air domestique lorsque brulée sous forme d’encens.

Notez que son usage par voies internes est déconseillé durant les trois premiers mois de grossesse. Quelques cas d’irritation cutanée son répertoriés. En usage externe, les personnes ayant une peau très sensible peuvent donc envisager de diluer la myrrhe pour pouvoir l’utiliser sans risque, tant en teinture qu’en huile essentielle.

La teinture de myrrhe devrait être prise sur une période de trois semaines maximum pour les traitements internes des voies respiratoires et digestives. Pour les problèmes de bouche et de gorge, elle peut être utilisée directement sur le bobo, ou diluée dans de l’eau et utilisée en rince-bouche ou en gargarisme. Pour la peau, encore une fois la teinture peut être mise pure sur l’affection ou diluée et appliquée en liniment. L’huile essentielle peut elle aussi être ointe directement sur les lésions, même dans la bouche. On peut également en frictionner quelques gouttes sur la gorge ou l’abdomen pour calmer l’inflammation.

Voilà! Myrrhe mythique apprivoisée pour soigner nos blessures. Continuons à en faire bon usage pour des siècles et des siècles!

Annie Rouleau
Herboriste praticienne
annieaire@gmail.com

Références
Medical Herbalism, par David Hoffmann, éditions Healing Arts Press © 2003
Materia Medica, école Flora Medicina, © 2000
The Energetics of Western Herbs,par Peter Holmes, éditions Snow Lotus Press © 1998